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La question de la polygamie sur le continent africain demeure l'un des sujets les plus délicats et complexes de l'action évangélisatrice de l'Église. Loin des postures dogmatiques figées ou des compromissions simplistes, le Symposium des Conférences épiscopales d'Afrique et de Madagascar (SCEAM), à travers son récent document d'orientation, invite à un discernement théologique et pastoral d'une profonde lucidité. En tant qu'acteurs de la presse et de la réflexion chrétienne, il nous appartient de saisir toute la mesure de cette démarche courageuse et nécessaire.
Il convient d'emblée de le souligner : ce document n'est en rien un texte magistériel modificatif du droit canonique ou de la doctrine universelle sur l'indissolubilité et l'unicité du mariage chrétien. Le Saint-Père et les autorités ecclésiales rappellent avec force que l'Écriture sainte et la tradition demeurent la boussole indépassable.
Cependant, reconnaître cette vérité doctrinale ne dispense pas l'Église de se pencher sur les drames existentiels et les situations humaines complexes. En Afrique, la polygamie n'est pas qu'une simple infraction disciplinaire ; elle constitue souvent un enchevêtrement de traditions culturelles, de pressions familiales et de survie sociale. Lorsqu'un polygame manifeste le désir sincère de se convertir au Christ, la rigidité administrative se solde trop souvent par l'exclusion, brisant l'élan de la foi naissante. Le document du SCEAM propose précisément de substituer à l'exclusion automatique une pédagogie de l'accompagnement.
Le défi majeur souligné par ces orientations réside dans l'art délicat de concilier la vérité de l'Évangile et la charité pastorale. Accueillir, écouter et accompagner pas à pas les personnes vivant en union polygame ne signifie nullement banaliser ou légitimer la pratique. C'est, au contraire, faire preuve de cette "patience de Dieu" qui sait attendre l'éclosion de la grâce chez les catéchumènes.
Il s'agit d'aider progressivement ces familles à épouser la beauté pleine et entière du modèle chrétien du mariage, sans pour autant écraser les consciences par des diktats déconnectés de leur réalité humaine. C'est une pastorale de l'incarnation : partir d'où sont les hommes et les femmes d'aujourd'hui pour les élever vers la sainteté à laquelle le Christ les appelle.
Cette réflexion ne doit pas rester lettre morte. Elle s'adresse directement aux évêques, aux prêtres, aux catéchistes et aux théologiens de nos diocèses. Elle nous exhorte à abandonner les jugements hâtifs pour investir le terrain de la formation des consciences et du discernement éclairé.
En définitive, en ouvrant cet espace de recherche et de réflexion théologique, le SCEAM dote l'Église en Afrique d'un outil précieux pour fortifier la vie familiale chrétienne. C'est une invitation à faire de nos paroisses non pas des tribunaux inflexibles, mais des sanctuaires de miséricorde où l'Évangile est proclamé dans toute sa pureté, tout en pansant les blessures des cœurs en chemin.
TMNews@051126