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32 min lu
Langage et éducation : quelle leçon pour l’Afrique et l’Église ?

L'ouvrage Apprendre et enseigner (avec) le langage : Enjeux et perspectives, dirigé par Cendrine Waszak et Caroline Scheepers, offre une réflexion particulièrement pertinente pour l'Afrique contemporaine.

À première vue, le livre traite du rôle du langage dans les apprentissages scolaires. Mais lu depuis le continent africain, il soulève une question fondamentale : comment apprendre lorsque la langue de l'école n'est pas toujours la langue de la maison ?

Dans de nombreux pays africains, l'enfant grandit en parlant une ou plusieurs langues locales avant de découvrir, une fois sur les bancs de l'école, le français, l'anglais, le portugais ou l'arabe. Cette richesse linguistique constitue une force culturelle remarquable. Pourtant, elle peut également devenir un obstacle lorsque les systèmes éducatifs ne prennent pas suffisamment en compte cette diversité.

Ce que ce livre nous enseigne pour l'Afrique

1. L'échec scolaire n'est pas un échec de l'intelligence

Bien souvent, l'élève ne maîtrise pas encore les codes linguistiques utilisés à l'école. Il comprend la réalité qui l'entoure mais éprouve des difficultés à l'exprimer dans la langue académique attendue. Le problème n'est donc pas seulement pédagogique ; il est éminemment linguistique.

2. Le langage, facteur d'inégalités ou de justice sociale

L'ouvrage montre que le langage favorise naturellement les élèves déjà familiarisés avec les codes scolaires. Cette observation rejoint la réalité africaine où les enfants des milieux urbains et favorisés disposent d'un avantage linguistique net sur ceux des zones rurales ou défavorisées.

3. Chaque enseignant est aussi un éducateur du langage

Qu'il enseigne les mathématiques, les sciences, l'histoire ou la religion, l'enseignant transmet un vocabulaire précis, une manière de raisonner et une façon d'organiser la pensée. En Afrique, où les effectifs scolaires sont élevés et les ressources limitées, cette prise de conscience est cruciale.

Une interpellation pour nos systèmes éducatifs

Ce livre invite les responsables éducatifs africains à repenser plusieurs questions essentielles :

  • La place des langues nationales dans les premiers cycles d'enseignement ;
  • La maîtrise du français et des autres langues officielles d'enseignement ;
  • La formation linguistique et didactique des enseignants ;
  • Le développement de la lecture dès le plus jeune âge ;
  • L'accès équitable à la culture écrite et au numérique.

Il ne suffit pas de construire des écoles : il faut aussi donner aux élèves les moyens linguistiques de comprendre le monde et d'y prendre toute leur place.

Une leçon essentielle pour l'Église en Afrique

Cette réflexion concerne tout autant la pastorale. L'annonce de l'Évangile, la catéchèse, la formation chrétienne et la liturgie passent inévitablement par le langage.

Un fidèle comprend, approfondit et vit davantage sa foi lorsque celle-ci rejoint sa langue maternelle, sa culture et son expérience quotidienne. Le défi pastoral rejoint ainsi le défi éducatif : parler une langue qui instruit, qui élève et qui permet à chacun de devenir acteur de son propre développement.

Conclusion

Lu depuis l'Afrique, cet ouvrage nous rappelle une vérité simple : la question du langage est au cœur de l'avenir éducatif et spirituel du continent. Former un enfant, c'est lui donner des mots. Lui donner des mots, c'est lui permettre de penser. Et lui permettre de penser, c'est déjà lui ouvrir un avenir.

Adage de circonstance : « Là où la parole éclaire l'intelligence, l'école cesse d'être un mur et devient un chemin. »


Abbé Jean-Marie KONDE Muanda

TMNews@490926