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Abbé Jean-Marie KONDE Muanda
35 min lu
19 Sep
19Sep

En ce mois de septembre 2026, Monsieur l'Abbé Alphonse Kibwila célèbre ses 55 ans d'ordination sacerdotale. Ordonné en 1969, il demeure aujourd'hui le doyen et l'aîné de tout le clergé diocésain de l'Archidiocèse de Kinshasa, après les rappels à Dieu des regrettés abbés Michel Gérard (ordonné en 1965) et Henri Izwa (ordonné en 1968). Pour rendre un hommage appuyé à cette figure respectée, véritable mémoire vivante et conscience spirituelle de notre Église, la rédaction de Tata Mpelo News a choisi de publier une réflexion magistrale que « L'Ancêtre » a librement partagée sur les réseaux sociaux. Depuis Bruxelles, le doyen du clergé kinois y livre une méditation sans concession sur les dérives contemporaines de la célébration liturgique en République Démocratique du Congo, et plus particulièrement sur la pratique du « rite zaïrois ».

Une liturgie désacralisée par le vacarme et le spectacle ?

S'inspirant de la spiritualité de Saint Padre Pio et rappelant le sens profond de la Sainte Messe — qui est la réactualisation mystique de la Passion, de la Mort et de la Résurrection de Jésus de Nazareth —, l'Abbé Kibwila dresse un constat sévère : hors du Vendredi Saint où le mystère est célébré avec gravité, le « sérieux » liturgique s'est progressivement effacé au profit du divertissement et du bruit.

Dans ce texte engagé, l'aîné du clergé kinois pointe du doigt trois dérives majeures qui affaiblissent l'expérience de la foi :

  1. Le vacarme sonore et l'exhibitionnisme : Des chorales qui vocifèrent sans finesse artistique et des orchestres aux sonorités assourdissantes qui, au lieu de soutenir le chant et de favoriser le silence méditatif, submergent les voix et étouffent le recueillement intérieur.
  2. Les danses et contorsions distrayantes : La présence envahissante des rythmes profanes (seben, loketo, ngwasuma) tout au long de la célébration, ainsi que les prestations théâtrales des « Petits Anges » (Bana Nkembi). Selon le prêtre octogénaire, ces démonstrations chorégraphiques, soumises au regard strict des encadreurs, détournent le regard des fidèles de l'Autel du Sacrifice vers un spectacle mondain, empêchant toute communion intime avec l'Hôte divin.
  3. La crise de l'homilétique : La transformation progressive des ambons en scènes de théâtre d'humour ou en tribunes de propagande politique. Citant le Cardinal Joseph-Albert Malula, l'Abbé Kibwila rappelle que chercher à faire rire pour masquer l'absence de préparation spirituelle est le propre des « prêtres médiocres » dénués de vie de prière. De même, les discours purement politiques laissent les fidèles affamés de la Parole de Dieu, les renvoyant chez eux sans la lumière nécessaire pour traverser leur semaine.

Une confidence historique du Cardinal Malula

Pour appuyer son propos, l'Abbé Alphonse Kibwila partage une anecdote inédite remontant à la fin de l'année 1988. Alors qu'il était curé de la Cathédrale Notre-Dame du Congo à Kinshasa, le Cardinal Joseph-Albert Malula en personne — pourtant considéré comme l'un des pères fondateurs de l'inculturation et du rite zaïrois — lui avait confié en privé dans la sacristie :

« Alphonse ! Invente quelque chose d’autre qui remplacerait cette danse en rond autour de l’autel pendant le Nkembo... C'est monotone et ça m'ennuie ! »

Cette confidence historique révèle que le grand promoteur de l'inculturation lui-même percevait déjà, à la fin de sa vie, les limites et la rigidité de certains ajouts folkloriques dans le culte.

L'appel de « L'Ancêtre » pour un réveil spirituel

Face à ce qu'il qualifie de « travesti liturgique », le doyen des prêtres de Kinshasa ne cherche pas à condamner de manière stérile, mais lance un cri du cœur pour un débat constructif et un assainissement des pratiques. Pour lui, la responsabilité des prêtres est immense : en négligeant le mystère pascal au profit du théâtral, le clergé porte une part de responsabilité dans la crise morale et le désarroi de la population congolaise.

L'Abbé Kibwila lance ainsi un double appel pressant :

  • Réduire drastiquement le bruit dans les célébrations pour redonner sa place au silence, espace privilégié du dialogue avec Dieu.
  • Mettre fin au spectacle des groupes de danse qui déconcentrent l'assemblée, afin que la Messe redevienne une source de sanctification et d'espérance éternelle plutôt qu'une simple quête de prospérité terrestre.


En relayant ce texte vibrant à l'occasion de ses 55 ans de vie sacerdotale, Tata Mpelo News rend hommage à un pasteur lucide et invite l'ensemble de la communauté diocésaine à élever ses cœurs (Sursum Corda) pour redonner à la Sainte Eucharistie toute sa grandeur, sa beauté mystique et sa vérité.

Adage de circonstance : Quand l'autel se dépouille du spectacle, le mystère retrouve sa clarté et l'âme sa véritable nourriture.

TMNews@420926

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