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06 Jul
06Jul

L’avenir de la Constitution est placé sous les chaudières pour être cuit à la saveur de certains ingurgiteurs qui la trouvent pour l’instant mal assaisonnée ou encore faisandée, avec le pouvoir de créer une indigestion pour la santé de la nation. Cette initiative a ouvert un débat qui divise l’ensemble de la population, où chacun selon sa tendance joue au même jeu, mais avec l’appréciation de critères différents.

Polarisation

Cette tempête n’a pas épargné l’Église de la RDC qui, depuis l’indépendance, se retrouve toujours comme une observatrice rigoureuse interpellant l’acteur politique face aux dérives d'une ambition insatiable qui menace l'équilibre commun. D’où la crise qui vient de temps en temps frapper à la porte de la RDC quand il est question de passer paisiblement le bâton de gouverner lorsque le mandat arrive à son terme. C’est le même théâtre vécu entre 2016 et 2018. Étant donné que l’Église est très engagée par sa mission sociale, il naît en son sein des désaccords aux allures de disputes entre supporters d’équipes de football. Voilà pourquoi, entre les orientations ecclésiales de la hiérarchie nationale et les expressions locales, le clergé se retrouve au centre d'un débat public intense autour de l'avenir de la Constitution qui a déjà 20 ans.

Avançons !

Depuis sa dernière déclaration, où la CENCO a montré noir sur blanc – après celle de l’ECC – qu’aucune urgence n’est nécessaire pour cette démarche de toucher à la Constitution, une guerre ouverte se vit désormais entre les partisans du changement et ceux de son refus catégorique. C’est ce qui a mené la CENCO et l’ECC à Kampala, en Ouganda. Dans leur déclaration conjointe, les deux institutions ont réaffirmé leur position. En voici les lignes majeures : Les deux principales confessions du pays persistent dans une position unie face aux ambitions de révision ou de changement constitutionnel ; Elles appellent les dirigeants à tourner leur regard vers les priorités de la nation, qui sont la paix, la cohésion nationale et la situation sécuritaire à l'Est.

Friction

Comme souligné au début, cette position a déplu à plus d’un, dans le secret de leurs pensées ou en public. Quelques prêtres du diocèse de Kananga (17 sur plus de 100) ont pris la décision de publier une note se désolidarisant de la position de l’institution hiérarchique nationale. Pour ce faire, ils ont publié une déclaration datée du lundi 22 juin 2026. La hiérarchie de ce diocèse, Mgr Ntambwe, n’a pas tardé à les convier à l’unité pastorale le mercredi 24 juin 2026. Il a vite rappelé l'ensemble de ses prêtres à l'unité ecclésiale et à la discipline canonique, insistant sur le fait que le clergé doit parler d'une seule voix sur les questions d'intérêt national.

Mon point de vue 

Face à ce qui se passe dans mon pays la RDC, le pasteur est appelé à la première des quatre vertus cardinales : la prudence. Elle est la droite règle de l’action (recta ratio agibilis). Elle permet au corps qu'est l’Église de ne pas se fragiliser de l’intérieur, car le Christ nous rappelle d'être un (cf. Jn 17, 21). Nous ne devons pas perdre de vue que notre vocation de prêtre est d’être une instance de veille morale, d’artisan d’unité et de gardien de la dignité humaine, sans jamais devenir des acteurs d’un parti (cf. Sollicitudo Rei Socialis, n° 41 ; Presbyterorum Ordinis, n° 6 ; Gaudium et Spes, n° 76).

Face ces événements, sans vouloir embarquer le monde dans une arche à l’instar de Noé, l’exigence de la communion est de rigueur, pour ne pas dire nécessaire. Le débat politique ne doit pas constituer la dérive qui déverrouille les maillons de notre fraternité. Nous sommes prêtres pour une mission éternelle, alors que les politiques ont des mandats. Il semble illogique que ceux qui travaillent avec une date d'obsolescence puissent fragiliser ceux qui ont une mission reçue de la part du Christ ; il est inadmissible que ceux qui ont un espace de gestion déterminé et limité de leur pouvoir désorientent ceux qui possèdent les tria munera (sanctifier, prophétiser et guider) de façon universelle. Faisons attention. Vous l’avez bien vu : l'initiative de nos confrères de Kananga, bien que minoritaire, montre à quel point les tensions politiques actuelles peuvent franchir nos barrières et déstabiliser nos rangs. 

Tout en soutenant avec circonspection l’intervention de Monseigneur Félicien Ntambwe, je crois fermement que la considération de la hiérarchie ecclésiale et le rangement derrière les orientations de la CENCO sont les bases solides, théologiquement et pastoralement, pour une Église qui témoigne de sa proximité à l’endroit des plus petits. Si l’Église se fractionne ou s'agenouille dans des positions sectaires, elle se dépossède de sa force prophétique et de son aptitude à défendre le peuple. Notre unité autour de nos évêques et du Saint-Père reste notre seul bouclier face aux orages du moment. Que Dieu bénisse la RDC et inspire à nos dirigeants le sens de l’abnégation, pour que l’intérêt commun soit au-dessus des ambitions personnelles. 

Abbé Jean-Marie KONDE Muanda

TMNews@060726

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