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J’anime Tata Mpelo News, un média catholique consacré à l’actualité de l’Église et à l’évangélisation. Je suis également présent sur Facebook, TikTok, X et Wikipédia. J’écris des articles, je publie des livres, je pose ma voix sur des mélodies et, à travers différents canaux, je participe à l’effort de communication de l’Église. Pendant longtemps, j’ai considéré ces outils uniquement comme des moyens de mission. Aujourd’hui, je continue à leur reconnaître cette valeur. Mais avec les années, une interrogation plus profonde s’est imposée à moi : comment demeurer serviteur de l’Évangile dans un univers qui récompense avant tout la visibilité ?
Un territoire missionnaire incontournable
À travers Tata Mpelo News et mes partages artistiques, j’ai vu des initiatives pastorales toucher des lecteurs et des auditeurs de plusieurs pays. J’ai reçu des messages de fidèles qui avaient retrouvé l’espérance grâce à un article, une interview ou une mélodie. Ces expériences me confirment que le numérique est devenu un véritable champ missionnaire. Mais toute mission comporte ses épreuves, et l’une des plus discrètes est celle de l’ego.
Le piège subtil de la scène, des vues et des statistiques
Je dois reconnaître une réalité que beaucoup de communicateurs et d’artistes connaissent : qu’il s’agisse d’un article publié ou d’une chanson partagée, il m’arrive de consulter plusieurs fois les statistiques. À première vue, cela paraît normal pour un créateur soucieux de l’impact de son travail.
Certains moments me mettent pourtant profondément mal à l’aise lorsque je m'interroge : Pourquoi suis-je heureux lorsqu’un chant ou un article connaît une large diffusion ? Pourquoi suis-je déçu lorsqu’un autre reçoit peu d’attention ? Est-ce parce que la mission n’a pas porté les fruits espérés, ou parce que je n’ai pas reçu la reconnaissance attendue ? Je découvre alors, non sans un élan renouvelé, que le cœur humain est infiniment plus complexe qu’il ne le croit, et que cet écart entre le zèle apostolique et les soubresauts de l’ego devient le plus beau terrain de conversion pour offrir chaque œuvre, qu’elle touche les foules ou demeure dans le secret, entre les mains de Celui qui seul sonde les profondeurs.
La tentation de la notoriété et de la centralité
Il arrive qu’une publication suscite de nombreuses réactions ou qu’un titre musical trouve son public. Naturellement, cela procure de la satisfaction. Mais elle mérite d'être examinée : suis-je heureux parce que l’Évangile se diffuse, ou parce que mon nom devient plus visible ? Le danger n’est pas d’être connu ou d’exercer son art. Le danger est de commencer à avoir besoin d’être connu. Les réseaux sociaux favorisent les figures identifiables, et le prêtre musicien ou communicant risque progressivement de prendre plus de place que le message qu'il porte.
Le piège le plus intime : l'algorithme devenu maître
Avec le temps, j’ai compris que le plus grand danger n’est pas extérieur, mais bien à l'intérieur, lorsqu'il m'arrive de consacrer plus d’énergie à entretenir ma visibilité qu’à nourrir ma prière, d'être davantage préoccupé par mon audience que par ma croissance dans la foi, ou de laisser les réactions influencer mon humeur plus que la paix intérieure reçue dans le silence. À ce moment-là, l’algorithme cesse d’être un simple outil. Il devient un maître silencieux.
L'épreuve de la liberté et l’examen de conscience
Présent sur plusieurs plateformes et sur Wikipédia, je ne crois pas que la solution soit de fuir les médias ou de ranger sa guitare, mais plutôt d'y demeurer libre. C'est pourquoi je relis régulièrement ma présence devant Dieu à travers cet examen de conscience :
Si mes articles ou mes chants étaient partagés anonymement, continuerais-je avec le même enthousiasme ?
L’algorithme de la communion
Les plateformes mesurent l’audience, Dieu mesure la fidélité. Les plateformes comptent les vues et les écoutes, Dieu regarde les cœurs. Les plateformes récompensent l’exposition, Dieu bénit souvent ce qui demeure caché. Un chant murmuré ou une conversation discrète auprès d’une personne blessée a souvent plus de valeur spirituelle qu'une publication virale, Car les critères du Royaume ne sont pas ceux du numérique. Voilà ce que j’appelle l’algorithme de la communion avec le Christ.
Il faut qu’Il grandisse
Je continuerai à faire vivre Tata Mpelo News, à écrire, à composer, à chanter et à utiliser les plateformes comme des espaces de mission, mais avec une vigilance spirituelle renouvelée. Car le véritable enjeu n’est pas la visibilité : le véritable enjeu est la liberté. Au fond, la question essentielle n’est pas de savoir combien de personnes écoutent ma voix ou lisent mes articles, mais si, à travers cet art et ce ministère, elles se rapprochent davantage du Christ. C’est pourquoi, chaque fois que le doute s’installe, je reviens à cette parole de Jean-Baptiste :
« Il faut qu’il grandisse et que moi, je diminue » (Jn 3, 30).
À l’heure où les algorithmes et la recherche de la performance façonnent notre rapport au monde, cette parole demeure peut-être le plus exigeant et le plus nécessaire des examens de conscience pour tout prêtre, communicant et artiste chrétien.
Puisse cet examen, né de mon propre combat, être aussi une halte salutaire pour tous mes confrères et compagnons de route qui, sur les sentiers numériques ou artistiques, peinent et espèrent avec la même exigence de vérité.
Abbé Jean-Marie KONDE Muanda
TMNews@091126