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À Paris, au cœur de la Fabrique de la diplomatie, l'échange poignant entre l'ancienne présidente Catherine Samba-Panza et le Cardinal Dieudonné Nzapalainga offre une grille de lecture spirituelle, pastorale et citoyenne d'une pertinence capitale. Alors que les conflits continuent de meurtrir la région des Grands Lacs, l'est de la République Démocratique du Congo et la République Centrafricaine, cette rencontre médiatique rappelle une vérité fondamentale : aucune paix négociée au sommet ne peut porter de fruit durable sans l'appropriation sincère des populations locales.
En tant que pasteur, mon regard se porte d'abord sur cette exigence d'incarnation. Les accords signés dans les chancelleries internationales, à Washington ou à Doha, risquent de demeurer des lettres mortes s'ils ne descendent pas dans le quotidien des habitants de Goma, Bukavu ou de l'Ituri. La paix ne s'ordonne pas depuis le haut du ciel diplomatique ; elle prend chair sur le terrain, portée par les relais communautaires, les chefs coutumiers, les confessions religieuses et la société civile. Elle exige une proximité réelle, faite d'écoute, de pédagogie et de vérité.
Ce dialogue met également en lumière le rôle prophétique des femmes, trop souvent reléguées aux marges des processus de négociation formels. Pourtant, sur le terrain de la détresse, ce sont elles qui assument le travail silencieux et courageux de médiation directe avec les groupes armés. Comme au matin de la Résurrection où les femmes furent les premières messagères de la vie triomphante, la reconstruction du tissu social africain ne se fera pas sans la reconnaissance pleine et entière de leur autorité morale et spirituelle.
Enfin, l'expérience centrafricaine et le souvenir de la visite du Pape François à Bangui en 2016 nous enseignent que le véritable désarmement commence dans les cœurs. Il ne sert à rien de multiplier les forums ou de rédiger de nouvelles chartes si l'on abandonne les engagements souscrits, tels que les accords du Forum national de Bangui. La responsabilité des pasteurs et des dirigeants est de veiller à la fidélité des pactes sociaux et d'entretenir un dialogue inclusif et permanent. Refusons le cycle infernal du découragement : la paix est possible dès lors que les hommes et les femmes se fixent ensemble un destin commun.
Notes :
¹ Entretien accordé à RFI par Catherine Samba-Panza, ancienne présidente de transition de RCA et facilitatrice de l'Union africaine, et le Cardinal Dieudonné Nzapalainga, Archevêque de Bangui, lors de « La Fabrique de la diplomatie » à Paris.
² Les accords de Washington et de Doha visent la pacification de l'est de la RDC (Nord-Kivu, Sud-Kivu, Ituri) en impliquant les acteurs régionaux et la société civile.
³ Le Forum national de Bangui (2015) a élaboré le Pacte de paix et de réconciliation nationale, feuille de route fondamentale pour la reconstruction de la République Centrafricaine.
Adage de circonstance : « La paix qui ne descend pas dans le cœur du village n'est qu'un mirage dessiné au sommet de la montagne. »
TMNews@190926