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Abbé Jean-Marie KONDE
5 min lu
03 Aug
03Aug

Dix-huit ans de travaux forcés dans les mines de cuivre, deux condamnations à mort et des décennies de persécution. À 97 ans, le cardinal albanais Ernest Simoni incarne le triomphe absolu de la liberté spirituelle sur la terreur totalitaire. Son parcours exceptionnel, récemment salué par le Pape Léon XIV, reste l'un des témoignages de foi les plus saisissants du XXIe siècle.

Une vocation forgée dans la clandestinité

Né en 1928, Ernest Simoni entre chez les franciscains dès l'âge de 10 ans. Mais en 1944, la dictature communiste d'Enver Hoxha prend le pouvoir et instaure un régime ultra-radical. En 1948, le collège est fermé, les supérieurs sont fusillés. Pour échapper aux purges, le jeune Ernest effectue deux ans de service militaire obligatoire. Face à la persécution, il choisit l'obéissance et étudie la théologie en secret. Il est ordonné prêtre clandestinement le 7 avril 1956, au nez et à la barbe des autorités.

Arrêté pour une messe de deuil

Le 24 décembre 1963, à la sortie de la messe de minuit, la sécurité d'État arrête le père Simoni. Le motif officiel ? Complot contre la patrie. Le motif réel ? Avoir célébré, un mois plus tôt, une messe de suffrage pour le repos de l'âme du président américain John F. Kennedy. Pour le régime, cet acte religieux équivaut à une trahison politique majeure. Condamné à être fusillé, sa peine est commuée en 25 ans de travaux forcés après trois mois de torture à l'isolement, face à son refus catégorique de renier le Christ.

La messe en secret au fond de la mine

Envoyé au terrible camp de Spaç — un goulag montagneux surnommé « l'enfer de Dante » — le père Simoni travaille dans des conditions inhumaines. Pour faire vivre la foi parmi ses codétenus, il déploie une ingéniosité hors du commun :

  • Une liturgie mémorisée : Privé de missel, il récite la messe en latin par cœur. Pour tromper la vigilance des gardes, il murmure les prières, simulant le délire.
  • Des hosties de fortune : Il pétrit clandestinement de minuscules morceaux de pâte avec un peu de farine sur les réchauds des mineurs.
  • Le vin de messe improvisé : Il presse en cachette des grains de raisin ou fait infuser des raisins secs pour en extraire le jus sacré.

Dans l'obscurité des galeries de la mine, il confesse les prisonniers et distribue la communion au péril immédiat de sa vie. En 1973, suite à une révolte de prisonniers à laquelle il ne participe pas, il est condamné à mort une seconde fois. Les témoignages héroïques de ses codétenus, affirmant qu'il ne prêche que la paix, le sauvent in extremis du peloton d'exécution.

Des égouts à la pourpre cardinalice

Libéré en 1981 après 18 ans de calvaire, Ernest Simoni reste un « ennemi du peuple ». Le régime tente de le forcer au mariage pour briser son célibat sacerdotal. Face à son refus, l'État l'assigne à travailler comme éboueur dans les égouts de Shkodër. Il y restera jusqu'à la chute du bloc communiste en 1990, continuant ses visites pastorales nocturnes en secret.

En septembre 2014, lors de son voyage en Albanie, le Pape François fond en larmes en écoutant le récit de ce prêtre courageux et s'incline pour lui baiser les mains. Deux ans plus tard, en novembre 2016, il le crée cardinal. Par humilité, Ernest Simoni refuse l'ordination épiscopale, préférant rester à jamais un simple prêtre vêtu de la pourpre des martyrs.

Adage de circonstance : aucune chaîne humaine ne peut emprisonner l'âme qui s'abandonne à la vérité divine.

TMNews@040826

camp de Spaç

communiste d'Enver Hoxha

Albanie

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