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Abbé Jean-Marie KONDE Muanda
14 min lu
30 Sep
30Sep

Face à l’essor de l’intelligence artificielle, des réseaux sociaux et de la lecture numérique, chercheurs, bibliothécaires et responsables universitaires se sont réunis à Strasbourg pour réfléchir à l’avenir du « savoir-lire ». Une réflexion qui interpelle directement les universités et bibliothèques du continent africain.

Les 28 et 29 septembre 2026, le Palais du Rhin à Strasbourg a accueilli le symposium international intitulé « Renforcer les bibliothèques comme lieux du savoir lire / Stärkt Bibliotheken als Orte des Lesens ». L’événement était conjointement organisé par la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg (BNU) et la Württembergische Landesbibliothek de Stuttgart.

Au cœur des échanges figurait une préoccupation centrale : la transformation rapide des pratiques de lecture sous l’impact d'Internet, des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle. Les organisateurs ont souligné que la généralisation des textes courts, la consommation accélérée de l’information et l’exploitation automatisée de grands volumes de données modifient profondément notre relation au savoir.

Pour répondre à ces défis, le symposium a réuni des experts de premier plan issus de disciplines variées. Parmi les intervenants figuraient notamment Caroline Scheepers (Université catholique de Louvain), Frédéric Bernard (maître de conférences en neuropsychologie à l'Université de Strasbourg), Claude Poissenot (maître de conférences à l'Université de Lorraine) et Olivier Rey (président de l'Observatoire national de la vie étudiante).

Les discussions ont porté sur les sciences cognitives appliquées à la lecture, la lecture automatisée, la sociologie des publics, la place du livre dans la recherche universitaire ainsi que sur les enjeux cruciaux de la lutte contre la désinformation.

Une question qui concerne directement l’Afrique

Si les débats se sont déroulés en Europe, leurs conclusions résonnent avec une acuité particulière au sein des systèmes éducatifs africains.

Dans plusieurs pays du continent, l’accès aux ressources numériques progresse rapidement sous l'impulsion des smartphones, des plateformes éducatives et des outils d’IA. Cependant, enseignants et universitaires constatent une difficulté croissante chez les jeunes générations à maintenir l’habitude d'une lecture approfondie d'ouvrages, d'articles scientifiques et de documents de recherche.

Pour les universités de Bangui, Kinshasa, Yaoundé ou Abidjan, le défi dépasse le cadre purement technologique : il s'agit de former des étudiants capables d’analyser les sources, de vérifier la fiabilité des données et de développer un esprit critique rigoureux.

Les participants au symposium ont rappelé que les bibliothèques ont un rôle stratégique à jouer dans cette transition. Loin d'être de simples dépôts de livres, elles s'imposent désormais comme des espaces d’apprentissage des compétences informationnelles et d'initiation à la lecture critique.

Un enjeu capital pour l’avenir de l’enseignement supérieur

Dans un environnement où l’intelligence artificielle simplifie l’accès aux contenus, la maîtrise de la lecture demeure le socle indispensable de toute formation intellectuelle. Lire un texte complexe, appréhender une argumentation, confronter les points de vue et construire une pensée autonome restent des exigences académiques incompressibles.

Le symposium de Strasbourg a ainsi réaffirmé une conviction partagée : l’avenir du savoir ne dépend pas uniquement de la performance des technologies disponibles, mais d'abord et avant tout de la capacité des citoyens à lire, comprendre et interpréter l’information avec discernement.


Adage de circonstance : « La parole instruit, mais la lecture fait mûrir le jugement. »

TMNews@520926


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