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10 Oct
10Oct

Lectures de la messe

                                                                                                

Première lecture : « Le Seigneur préparera un festin ; il essuiera les larmes sur tous les visages » (Is 25, 6-10a)

Psaume : (Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6) R/ J’habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours. (Ps 22, 6cd)

Deuxième lecture : « Je peux tout en celui qui me donne la force » (Ph 4, 12-14.19-20)

Évangile : « Tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce » (Mt 22, 1-14)


HOMÉLIE


Sœurs et Frères Shalom,

Voici le paragraphe d'introduction enrichi d'un pont direct vers l'Évangile (qui met en scène la parabole du festin nuptial) :
Considérons un instant l’abîme mystérieux de l’Amour créateur : le Souverain Maître a pourvu à tout pour l’humanité. Dans sa libéralité infinie, Il nous a gratifiés de tout de façon absolument immémoriale et gratuite. Ainsi que nous le révèle le souffle prophétique d’Isaïe dans la première lecture, le Seigneur dresse sur sa montagne sainte une table d’opulence, un banquet somptueux de mets succulents et de vins capiteux (cf. Is 25, 6). Ce festin royal d’avance préparé, l’Évangile nous invite aujourd’hui à y pénétrer sans plus tarder, car le Roi renouvelle son appel pressant pour emplir sa salle de noces. Tout est accompli, tout est offert, et la grande liturgie du Salut nous est grande ouverte hors de tout mérite ou de toute prétention de notre part.

Pour prêter l’oreille à cette Parole tranchante qui vient secouer la torpeur de nos consciences, nous laisserons d’abord résonner la surabondance de ce don créateur que la blessure de notre rébellion a si vite fissuré, avant de mesurer ce drame intime où l’âme, fascinée par le mirage du dérisoire, se détourne de l’Essentiel, pour enfin découvrir comment seule la docilité d’un cœur éveillé peut répondre à la haute exigence de l’habit de noce.

La surabondance du don créateur et la blessure originelle de la rébellion

Sœurs et Frères, avant même que nos pas n’aient esquissé le moindre mouvement vers Lui, le Très-Haut a déjà tout disposé. Le festin de l’existence, la grâce rédemptrice, l’Église et ses sacrements ne sauraient être le fruit de nos calculs étriqués ni de notre justice propre ; ils jaillissent comme le débordement insondable de la générosité divine. Le prophète Isaïe le proclame avec force : c’est le Seigneur Lui-même qui inaugure le banquet pour toutes les nations, afin d’effacer les larmes de tous les visages et d’engloutir la mort pour l’éternité.

Pourtant, cette prodigalité radicale vient se briser très tôt contre le mystère de l’iniquité humaine. Dès les aurores de l’histoire, la rupture d’Adam et Ève a introduit une fracture abyssale (cf. Gn 3, 1-6) : au lieu de savourer le don en une intimité nuptiale avec le Donateur, l’homme a voulu s’approprier les biens reçus, perverti par le doute quant à la sollicitude de Celui qui avait tout préparé pour sa béatitude. L’humanité porte en héritage cette inclination funeste à s’exiler de la Source, oubliant obstinément que le Seigneur demeure le Maître souverain et prévenant, Celui qui le premier nous a aimés.

Le drame du détournement : quand l’homme se contente du dérisoire

Et aujourd'hui, quelle est notre réponse effective ? Lorsque retentit l’invitation solennelle, l’homme s’emprisonne volontiers dans les filets du dérisoire. Il prend les grâces mêmes que Dieu lui prodigue pour bâtir son passage terrestre (son négoce, ses biens, ses terres, ses ambitions mondaines) et il en dresse un rempart, un mur opaque pour se soustraire au Donateur ! L’homme s’illusionne, persuadé que le seul critère de vérité réside dans sa propre gestion, ses micro-stratégies et ses satisfactions immédiates. Il ose détourner à son profit exclusif des richesses dont il n’est, en vérité, que le modeste intendant.

C’est précisément ici que se manifeste la rigueur salutaire de Dieu. Une sévérité qui n’est jamais l’expression d’une cruauté, mais le sursaut de la miséricorde pour nous ramener à notre juste mesure. Or, notre véritable place ne gît point dans le refus hautain de la Parole ni dans cette bouderie spirituelle qui nous condamne à la sécheresse, mais bien là, dignement et filialement assis à la table du Père.

La disponibilité du cœur et l'exigence de l'habit de fête au quotidien

C’est pourquoi, face au désistement de ceux qui se croyaient les ayants droit mais dont la suffisance encombrait l’esprit, le Roi élargit les cercles de son amour. Il dépêche ses serviteurs pour qu’ils quêtent aux croisées des chemins les indigents et les passants, ceux que l’on n’attendait point, mais dont la faim intérieure et la docilité de cœur permettent d’honorer la noce de l’Agneau (cf. Ap 19, 9).

Mais gardons-nous de toute naïveté ! Si la porte demeure béante pour une multitude, on ne pénètre point dans la demeure royale de n’importe quelle manière. Celui qui s’introduit dans la salle sans la parure nuptiale trahit son insouciance coupable et son autosuffisance illusoire (cf. Mt 22, 11-13). Il est illusoire d’escompter s’asseoir au festin de la grâce en s’affranchissant des exigences de la conversion. Cet « habit de fête » dont dépend notre salut éternel n’est autre que la charité agissante et la foi incandescente. Dépourvu de cette parure, l’homme comparaît nu devant l’absolu. Le Maître viendra à l’improviste, sans compulser nos agendas surchargés. Et comme le proclame l’Apôtre Paul aux Philippiens, toute notre destinée dépend de cet attachement radical : « Je puis tout dans le Christ qui me fortifie » (Ph 4, 12-13). Il nous incombe de le restituer à la première place, et de détourner enfin nos regards de ce qui nous perd.

Sœurs et Frères, la vie chrétienne n’est en aucun cas une sédimentation passive ; elle s’apparente à une vigie perpétuelle où chaque instant du quotidien devient le creuset de notre transfiguration.

Pour que nous ne soyons point pris au dépourvu à l’heure du passage du Roi, mettons en œuvre ces trois résolutions fermes : premièrement, opérer chaque soir un examen de conscience rigoureux sur nos priorités, afin d’éprouver si nos occupations et nos négoces ne se sont point métamorphosés en alibis subtils pour éluder l’oraison et déserter l’Alliance ; deuxièmement, cultiver la disponibilité des humbles du carrefour en brisant nos barrières mentales, nos agendas rigides et nos certitudes matérielles pour devenir capables d’accueillir l’inopiné divin avec une pauvreté d’esprit authentique ; et troisièmement, revêtir le Christ par des actes de vérité en tissant patiemment, jour après jour, notre vêtement de lumière par des gestes concrets de réconciliation, de justice et de charité fraternelle.

Que cette Eucharistie nous arrache à la fascination stérile de la poussière, afin que nous répondions enfin avec allégresse, droiture et fidélité à l’invitation de Celui qui nous guette.

Amen.

TMNews@211026

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