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Homélie
Sœurs. et Frères Shalom,
Le Père nous aime d'un amour sans limites. Dans sa bonté, il nous associe à son œuvre malgré nos fragilités et nos inaptitudes. Sa miséricorde couvre la multitude de nos péchés et transforme notre indignité en état de grâce. C'est cette grâce qui nous donne la force de persévérer jusqu'au bout et de produire les fruits qui honorent Dieu et servent nos sœurs et frères.
Cependant, la Parole de Dieu nous invite aujourd'hui à une profonde méditation à travers trois moments forts : tout d'abord, la bonté de Dieu face au risque de l'appropriation ; ensuite, le diagnostic spirituel et social de nos égarements ; enfin, l'appel pressant au jugement, à la conversion et à l'espérance.
Un grand danger guette l'homme : celui de s'approprier ce qui appartient à Dieu et de devenir le destructeur même des dons reçus de sa générosité. Ce détournement des biens de Dieu s'observe aussi bien dans la gestion des réalités matérielles que dans l'exercice des responsabilités spirituelles. L'Évangile de ce jour décrit précisément le comportement de l'homme qui oublie sa véritable mission. Il veut profiter de la largesse divine jusqu'à se révolter contre le propriétaire de sa vie. Face à cette rébellion, Dieu demeure patient. Il accorde le temps nécessaire à la conversion, multipliant les appels à revenir sur le chemin de la vérité et de la justice.
Chacun de nous, comme chacune de nos communautés, représente cette vigne dont parle le prophète Isaïe. Dieu nous a tout donné pour porter de beaux fruits. Pourtant, le constat demeure douloureux : le droit est écrasé par le crime souvent dissimulé sous des apparences de justice ; la vérité est étouffée par les cris des puissants tandis que les faibles sont relégués chaque jour à la misère. Mais Dieu ne se laisse ni corrompre ni décourager. À force de vouloir préserver une image séduisante mais trompeuse, l'homme finit par souffrir de sa propre indignité intérieure. Alors se mettent en place toutes sortes de mécanismes destinés à dévier le projet de Dieu et à soumettre sa volonté à nos caprices et à nos ambitions éphémères.
Pourtant, le cœur humain reste insatisfait, à l'image des vignerons de l'Évangile. Au commencement, ils s'étaient réjouis de recevoir une vigne capable de faire vivre leurs familles. Mais leur cupidité a rapidement laissé place à l'envie. Lorsque le regard du cœur s'obscurcit, le péché ne tarde pas à enfanter le crime. N'assistons-nous pas chaque jour à ce spectacle dans notre société ? Beaucoup cherchent à obtenir plus qu'il ne leur est dû par le détournement, la falsification, la manipulation ou la violence. L'appât du gain finit par défigurer la vocation première de l'homme.
Cependant, qui peut prétendre être plus fort que son Créateur ?
Lorsque la patience du Maître est poussée à son terme par le refus obstiné des vignerons — lorsqu'ils rejettent les serviteurs, puis le Fils lui-même —, le Maître intervient pour rétablir la vérité et remettre chaque chose à sa place. C'est le rappel permanent que Dieu demeure le Seigneur de l'histoire.
Chaque fois que nous nous éloignons de notre mission en empruntant les raccourcis de la facilité ou de l'injustice, la réalité finit toujours par nous ramener devant notre véritable vocation. Si nous accueillons humblement la justice de Dieu, nous retrouvons le chemin du salut. Mais si nous persistons dans notre révolte, nous préparons nous-mêmes notre propre perte.
N'oublions pas, sœurs et frères, que Dieu ne cherche pas à entrer en guerre contre l'homme. Son désir ardent est de nous sauver. Il nous invite à discerner sa volonté dans les événements de notre existence et à produire des fruits dignes de son Royaume.
C'est dans cette perspective que résonne la profonde pensée de saint Paul dans sa lettre aux Philippiens. L'Apôtre nous presse d'abandonner toute inquiétude stérile pour confier nos vies à Dieu par la prière, la supplication et l'action de grâce. Il nous promet que la paix divine, supérieure à toute intelligence, viendra garder nos cœurs et nos pensées dans le Christ Jésus. Pour cela, Paul nous montre la voie : discerner et mettre en pratique tout ce qui est vrai, noble, juste, pur, aimable et digne d'éloge. C'est en orientant notre esprit vers ces vertus que nous laissons la grâce porter ses fruits en nous.
Alors, frères et sœurs, demandons-nous aujourd'hui : quels fruits ma vie produit-elle pour Dieu, pour ma famille, pour l'Église et pour la société ? La vigne du Seigneur nous est confiée ; nous n'en sommes pas les propriétaires mais les serviteurs. Que notre vie porte les fruits de la justice, de la paix, de la vérité et de la charité.
Alors la vigne du Seigneur portera du fruit en abondance, et le Dieu de la paix sera avec nous.
Amen.
TMNews@161026