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19 Sep
19Sep

Lectures de la messe

                                                                                                

  • Première lecture : « Mes pensées ne sont pas vos pensées » (Is 55, 6-9)

  • Psaume : (Ps 144 (145), 2-3, 8-9, 17-18) R/ Proche est le Seigneur de ceux qui l’invoquent. (cf. Ps 144, 18a)

  • Deuxième lecture : « Pour moi, vivre c’est le Christ » (Ph 1, 20c-24.27a)

  • Évangile : « Ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? » (Mt 20, 1-16)


HOMELIE

Sœurs et Frères Shalom,

soyez les bienvenus dans cette cathédrale de l'Archidiocèse de Bangui. En ce 25ᵉ dimanche du Temps Ordinaire, la Parole de Dieu vient nous rejoindre au cœur de nos vies et nous invite à franchir trois étapes spirituelles : d'abord, laisser la parabole de l'Évangile bousculer nos calculs humains face au Cœur généreux du Maître ; ensuite, élever nos pensées à la hauteur des voies de Dieu avec le prophète Isaïe ; et enfin, accueillir avec saint Paul la joie pure de servir à la vigne du Seigneur, afin de transformer concrètement notre regard et notre quotidien.

Le Maître généreux et le drame du « regard mauvais »

La parabole que le Seigneur nous propose aujourd'hui bouscule nos logiques comptables et nos prétentions humaines. Jésus met en scène un maître de domaine qui ne cesse de sortir — dès l'aube, puis à neuf heures, midi, trois heures et jusqu'à cinq heures du soir — pour embaucher des ouvriers. Pourquoi ce souci permanent d'aller sur la place publique ? Parce que le Cœur de Dieu ne supporte pas de voir ses enfants « rester là, sans rien faire », abandonnés au bord du chemin de la vie.

Mais au moment de la paie, la tension éclate. Les premiers venus, ayant porté le poids du jour et de la chaleur, s'attendaient à recevoir davantage. Ils comparent, ils murmurent, ils récriminent. Ils avaient pourtant conclu un contrat juste : un denier. Leur drame n'est pas d'avoir été lésés, mais de ne pas supporter que la bonté du Maître s'étende à ceux qui sont arrivés à la dernière heure. Le Maître pose alors cette question troublante : « Ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? »

Sœurs et frères, la justice humaine donne à chacun ce qu'il a mérité, mais la justice de Dieu donne à chacun ce dont il a besoin pour vivre. Dans la vigne du Seigneur, la récompense ultime n'est pas une somme proportionnelle à nos efforts, mais la grâce du Salut, offerte gratuitement à tous.

L'abîme entre nos calculs et les pensées de Dieu

Cette bonté déconcertante trouve sa source et sa lumière dans le livre d'Isaïe. Le prophète nous le rappelle avec force : « Mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins, oracle du Seigneur. »

Combien de fois tombons-nous dans la tentation de réduire Dieu à nos mesures réduites, d'en faire un Dieu marchand ou un juge rigide ? Nous aimerions enfermer sa miséricorde dans nos mérites personnels et dans nos titres d'ancienneté ecclésiale. Mais Dieu est souverainement libre dans sa bonté. De l'alliance avec Adam jusqu'à la nouvelle et éternelle alliance scellée dans le Sang de son Fils Jésus, Dieu ne cesse de tendre la main à l'humanité. Ses chemins sont infiniment élevés au-dessus des nôtres parce qu'il est « riche en pardon » et que sa tendresse devance toujours nos repentirs

La joie de servir sans calcul

Lorsque l'on a compris cette largeur du cœur de Dieu, l'engagement chrétien change totalement de nature. C'est exactement ce que nous témoigne saint Paul dans sa lettre aux Philippiens. Pour Paul, le service dans la vigne n'est plus une lourde corvée ni un calcul d'intérêt : « Pour moi, vivre c'est le Christ. »

L'ouvrier qui aime véritablement son Maître ne compte pas ses heures. Il ne regarde pas jalousement le travail du voisin. Qu'il soit appelé à la première ou à la onzième heure, sa seule joie est d'être à la vigne, de faire un travail utile pour le Royaume et d'avoir un comportement digne de l'Évangile. Servir le Christ devient sa récompense, et vivre en ce monde devient l'occasion d'envelopper ses sœurs et frères de la bonté même de Dieu.

Devenir les témoins d'un Dieu bon

Que nous dit le Seigneur concrètement aujourd'hui pour notre vie de foi ? Il nous appelle d'abord à purifier notre regard sur les autres en quittant le piège des comparaisons, de la jalousie et de la suffisance spirituelle. Cessons de nous poser en privilégiés qui auraient des droits sur Dieu, et réjouissons-nous plutôt de tout cœur lorsqu'une  sœur ou un frère, éloigné depuis longtemps, revient à l'Église ou reçoit une grâce à la « onzième heure ».

Il nous exhorte ensuite à sortir à notre tour sur les places publiques, car à l'image du Maître du domaine, l'Église ne peut rester enfermée sur elle-même ; nous sommes tous envoyés comme des sentinelles d'espérance et des missionnaires d'accueil pour aller vers ceux qui se sentent inutiles, rejetés ou oubliés. Enfin, le Seigneur nous invite à travailler à sa vigne avec un cœur profondément reconnaissant, pour que notre engagement dans nos familles, nos paroisses ou nos milieux professionnels ne se fasse jamais dans le murmure ni la récrimination, mais dans la joie et l'humilité de savoir que tout est grâce et que notre véritable salaire est d'être aimés et sauvés par Lui.

Que la Vierge Marie, la Servante humble du Seigneur, nous obtienne la grâce d'un cœur purifié de toute envie, afin que notre regard devienne un reflet de la bonté et de la miséricorde du Père. Amen.

Abbé Jean-Marie KONDE Muanda

TMNews@370926

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